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série composée de 15 images, 2021,
réalisées au 24x36, tirages à l'agrandisseur, barytés

« Un jour de février. Les jeunes filles et la mer se sont retrouvées.

Depuis la pandémie mondiale, quelques mois s’étaient écoulés. Ses retrouvailles prenaient l’allure d’une délivrance : le souffle de la liberté balayait à nouveau la côte. Elles, elles avaient décidé de partir, robes de princesses des dunes et cerfs-volants aux vents. Moi, je les ai suivies dans leur récréation, fascinée par l’espace-temps qui s’offrait à nous, éblouie par l’éclat de leurs rires. Ici la photographie est une pièce essentielle du jeu, marqueur de temps et témoin d’histoires, celles qu’elles se chuchotaient à l’oreille entre deux sauts dans l’écume. La plage était déserte et nous étions seules au monde. Assez seules pour être sur une autre planète, assez seules pour se sentir grandes, aussi grandes que la mer qui gonfle. Ici, le sérieux se mêlait à l’insouciance, le merveilleux nous rattrapait et nous assourdissait de vagues cinglantes, sublimes. Le goût salé de l’air venait au fond de notre gorge collant à nos paumes, emmêlant nos cheveux. Nous nous mettions pieds nus pour mieux sentir le sable glacé, ça nous piquait et nous nous sentions vivantes. Eternelles.

Et puis tout s’est arrêté.

Subitement.

Je me suis retournée.

Elles n’étaient plus là.

Peut-être avais-je rêvé me dis-je. Peut-être était-ce moi-même enfant. Une vision. Un songe. Cependant de ce souvenir de jeunes filles restait une guenille de princesse flottant aux vents d’un bois flotté, unique preuve tangible d’une existence révolue mais sur laquelle je pouvais encore m’appuyer.

Fragment de réalité.

Et dans une permanence absolue, imperturbable, grondait le bruissement de la mer.

Infini. »

Estelle Lagarde